Portulan

  Les Cahiers George Orwell  se fixent pour objectif de diffuser la pensée politique de George Orwell et de défendre ainsi la "common decency" face au désordre libéral. De la novlangue en usage dans l'exercice du pouvoir, comme dans l'industrie médiatique, à l'appauvrissement méthodique de la majorité orchestré par l'oligarchie (au nom de la solidarité européiste et de l'égalité), la démocratie de marché nous offre en effet chaque jour une illustration toujours plus saisissante de la pertinence des vues de George Orwell. L'auteur d'Hommage à la Catalogne et de 1984 livre ainsi des clés essentielles de compréhension de nos sociétés sous l'emprise, toujours plus étendue, du capital. Notre volonté est donc de nous affranchir de cette domination langagière par un acte d'élucidation en ayant recours aux textes fondateurs de la "décence commune" et de remettre en lumière, au-delà du désolant spectacle électoral (miroir parfait de la vacuité du clivage gauche-droite), l'existence d'une réelle pensée critique du capitalisme.

Contre les annexions néo-conservatrices et libérales-libertaires de la pensée de George Orwell, nous voulons nous placer à bonne distance des appréciations réactionnaires des uns et des diversions sociétales des autres et revendiquer la forme orwellienne du socialisme, qui n'est en rien une fiction littéraire, mais l'expression d'une expérience vécue d'un pouvoir populaire en action prenant sa source dans les vies ordinaires, où s'expriment des pratiques sociales désintéressées, porteuses de rénovation politique. Des vies qui, malgré le mépris dont elle sont l'objet, peuvent devenir en somme le socle d'une société décente et juste. Chaque numéro thématique nous donnera ainsi l'occasion de revisiter l'oeuvre de George Orwell au travers de morceaux choisis. Sans nous borner aux catégories universitaires, ces extraits seront mis en relation  avec d'autres textes qui témoignent de la vigueur de l'héritage de cette pensée révolutionnaire. Ce n'est pas le "bon pauvre" que nous voulons célébrer mais l'émancipation de la multitude, des sans voix, par elle-même.

    Emmanuel Macron et Olivier Besancenot (l’anticapitaliste préféré de Michel Drucker, de Libération et du magazine Les Inrocks) ont en partage une volonté et un objectif révolutionnaires, du moins si l’on en croit le titre de leur ouvrage respectif. Un point d’exclamation sépare néanmoins les deux hommes. Révolution pour Macron et Révolution ! pour Besancenot.

Cette ponctuation retient justement toute notre attention.  Outre l’inversion révoltante du mot révolution, où se tient toute la pertinence des analyses de George Orwell, les Cahiers se penchent ici sur le gauchisme, c'est-à-dire, sur l’une des deux composantes idéologiques structurant le capitalisme contemporain. Le paradoxe n’est qu’apparent car cette sous-pensée, superficiellement contestatrice de l’ordre libéral, est par essence fondamentalement bourgeoise et anti-populaire. Celles et ceux qui la représentent aujourd'hui forment encore, la « queue d’extrême gauche de la bourgeoisie » comme l’avait déjà noté Friedrich Engels en son temps.

Jean-Claude Michéa dans La double pensée : retour sur la question libérale nous a permis de penser ce paradoxe en analysant la dualité du libéralisme qui, loin d’être un système conservateur opposé au progressisme, s’est bâti sur des fondations culturelles et marchandes complémentaires. En somme, la droite d’argent et l’extrême gauche « sociétale » parlent le même langage, celui de l’extension indéfinie des droits individuels, l’une au nom du marché « libre et non faussé » et l’autre au nom de la «liberté des mœurs » (brillamment raillée par la chanteuse Marie-Paule Belle), ou encore au nom du « no borderisme » (d’inspiration sorosienne).

Quand Olivier Besancenot, figure décidément caricaturale de l’abandon de la question sociale au profit des questions culturelle et sociétale (au point d’ailleurs d’évacuer totalement le mot ouvrier des principes fondateurs du NPA), adopte le point de vue du patronat au sujet des migrants, sans interroger les causes impérialistes de ces mouvements de populations, on est en droit de considérer cette gauche dite "radicale" comme la gauche du capital. Nous voulons donc, des "Mao-spontex" aux auxiliaires de police néo-anarchistes appelés « black blocs » en passant par les "anti-fa" (sorte de ligue de vertu concrétisant de façon grotesque l’impasse politique du gauchisme), dresser le tableau d’une mouvance intrinsèquement libérale. Il faut bien sûr ici revenir sur le moment 68 (dans sa dimension étudiante et non pas ouvrière) pour identifier les racines de ce libéralisme qui s’ignore. Très tôt, Jacques Duclos avait su voir le caractère anti-populaire des lanceurs de pavés du Quartier latin, Pier Paolo Pasolini a son tour en 1973 s’est interrogé sur le sens de cette contestation (symbolisée notamment par le port du poil long) et y a décelé les futurs éléments idéologiques de la nouvelle gauche personnifiée en 1984 par Yves Montand et sa répugnante émission de télé-propagande intitulée « Vive la crise !». Avec Guy Hocquenghem et Morgan Sportes, une place particulière doit être réservée aux maoïstes de la rive gauche, qui sont aujourd’hui les cadres les plus nuisibles du capitalisme contemporain. Les situationnistes (observateurs les plus fins et les plus spirituels de l'époque) ont d'ailleurs su voir très tôt cet aboutissement naturel du gauchisme et su traduire avec talent, dans un détournement cinématographique génial, l’incapacité des gauchistes à parler aux classes populaires autrement qu’en déversant des torrents de mots coupés du réel. De nos jours, cette pseudo-radicalité verbale a pris la forme de leçons de maintien social et de savoir-vivre politique niant certaines habitudes collectives propres à toute culture populaire. Au fond, l’histoire du gauchisme est celle de la coupure structurelle entre les classes populaires et une certaine bourgeoisie pathétiquement bien-pensante. C’est aussi l’histoire de la mise en lumière d’un angle mort propre à l’extrême gauche : la Nation. Ne préfère-t-elle pas, au nom d’un internationalisme de pure façade et d'un anti-fascisme de théâtre, le désordre néo-libéral de Bruxelles à la nation libre et souveraine ?

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